Après quelques années d’une pratique photographique d’ambition et de qualité variable (très !), assorties  de lectures de moins en moins techniques mais de plus en plus d’auteurs, malgré tout mon questionnement n’en finit pas, des doutes prégnants persistent sur la valeur et l’intérêt de la photographie dans ma vie. Faire le point ne me semblait donc pas une perte de temps. Trouver quelques lignes de force concrètes, de bon ton pour n’importe quel photographe – et m’appliquer le même régime. Dès lors, quoi de mieux que recenser sur les doigts de deux mains quelques conseils pratiques, les plus affûtés  possibles, pour parvenir à ses fins ? Je vous annonce pour les semaines à venir 7 billets successifs où je décrirai ces 7 conseils les uns après les autres. Je les traduirai en préconisations simples, j’illustrerai chaque fois comme ils peuvent s’appliquer aux prétentions artistiques, professionnelles ou plus simplement de loisir/amateur. Bien sûr, on pourrait discuter cette catégorisation simpliste en trois dimensions… Mais vous avez compris l’idée. Je les ai agencés dans un ordre qui suit le processus photographique, sans toujours bien y parvenir. Après tout, un bon conseil s’applique souvent dans différentes situations, non ? N’hésitez pas : faites-moi savoir si l’un ou l’autre vous aura été utile.

ideas2015

Prêts pour le top 7 ? Vous entendrez donc parler des conseils suivants au cours des semaines à venir :

  1. Le hasard ne favorise que les esprits préparés*
  2. Ne sortez pas sans lui
  3. « Le non, on l’a toujours »
  4. La peur est bonne conseillère
  5. « Not good enough ? Not close enough ».
  6. Moins, c’est plus
  7. 95 fois sur 100

Conseil n°1 : Le hasard ne favorise que les esprits préparés

Quoi de mieux que de découvrir quelque chose d’intéressant auquel on ne s’attendait pas, lorsque l’on cherchait tout à fait autre chose ? C’est ce que l’on appelle la sérendipité, anglicisme assez disgracieux j’en conviens. Le principe s’illustre souvent en sciences, dans le bricolage ou la pratique artistique, c’est aussi l’une des expériences de création les plus intenses qu’il nous soit données de vivre. Or la photographie ne demande pas moins de préparation que l’élaboration d’une expérience scientifique ou d’un processus ingénieux pour résoudre une question technique. Donc faire confiance au hasard est un bon principe si, comme je l’enseigne dans certaines formations, vous vous attendez à l’inattendu. En étant prêt à le recevoir.

Ce qui signifie concrètement plusieurs choses :

1.    D’abord, bouquinez et intéressez-vous aux travaux des autres. C’est le meilleur moyen de développer votre regard, d’apprendre à être prêt pour saisir quelque chose du monde qui soit proprement photographique -et qui soit vôtre

2.    Ensuite, pratiquez, pratiquez et pratiquez encore (Depardon parlait récemment de « faire ses gammes »). Entraînez-vous de manière à ce que votre appareil n’ait plus de secrets. L’attitude inverse conduit au même résultat : choisissez l’appareil le plus simple possible, ou simplifiez-vous la tâche en limitant votre usine à gaz à un seul usage que vous maîtriserez parfaitement (selon les photographes, ce peut être le recours à l’hyperfocale, le f8 ou f16 d’office et les vitesses/isos adéquats, le choix de la focale fixe… chacun ses recettes !)

3.    S’il arrive que vous n’ayez pas votre appareil, prenez toujours des notes. Conservez des traces des lieux ou des moments que vous avez pu repérer, observer, particulièrement à l’extérieur. Notez aussi chaque idée, projet et même mini-série possibles (Gibson aborde explicitement ce sujet), ne vous censurez jamais d’emblée : à ce stade, tout est bon à noter et conserver, sélectionnez toujours a posteriori car vous ne pourrez jamais pousser aucune idée plus loin si vous l’oubliez aussi vite qu’elle est venue.

4.    Une fois sur le terrain, traînez sur des lieux repérés ou stratégiques : repérés parce qu’ils vous inspirent, par curiosité ou l’ambiance qu’ils dégagent ; stratégiques, parce qu’ils sont de ces lieux où des événements se produisent classiquement (particulièrement vrai en photo de rue, dans les carrefours, espaces publics, entrées /sorties et fenêtres des bâtiments, centre-ville mais aussi à l’inverse quartier excentré, parcs, etc.)

5.    Revenez ! La plupart du temps, il ne suffit pas d’un bref passage pour qu’un coup de chance se produise, même s’il est toujours possible. Se préparer à faire de la chance une alliée, c’est également apprendre à hanter quelques lieux privilégiés… Sur quelques jours d’affilée ou au long cours, à intervalles réguliers. Au cas où le hasard serait au rendez-vous la prochaine fois. Et l’on a beau dire que la lumière n’attend pas, elle finit tout de même par fréquenter les mêmes endroits que vous à peu près aux mêmes heures…

Bien sûr ces quelques pistes pratiques doivent être déclinées selon chaque cas. Quelques exemples pour traduire ce premier conseil selon l’approche qui sera la vôtre.

Loisir et amateur débutants : commencer déjà par se renseigner sur votre appareil (manuel, livre dédié, ami plus expert ?) et apprendre à l’utiliser au mieux n’est sans doute une mauvaise idée. Cela vous permettra tout simplement d’éviter ces petites difficultés que nous avons tous connues et qui nous font parfois manquer des photos auxquelles nous tenions beaucoup, qu’il s’agisse de portraits de proches, ou de photos souvenirs que nous aimerions rendre plus qualitatives. Et qui sait, une vocation naîtra peut-être… se préparer aux hasards heureux deviendra alors impératif.

Professionnel et amateur expert : ce conseil est presque une question de survie et beaucoup en parlent mieux que moi (voir les bouquins chroniqués sur ce blog avec le tag Métier). Il s’agit non seulement de savoir prendre et vendre des photographies mais bien plus encore : d’avoir réalisé toutes les étapes préalables qui permet de se positionner sur un marché, de connaître sa clientèle (potentielle, aussi), d’être au courant des améliorations actuelles mais aussi des à-côtés qui peuvent rendre une prestation plus qualitative… Pour pouvoir profiter, au hasard d’une rencontre, d’une recommandation qui vous ouvrira de nouvelles portes. Ou, au détour d’une séance, d’une expression fugace née d’une complicité qui se noue parce que les modèles se sentent en présence d’un professionnel bien préparé.

Artistique : se positionner par rapport à d’autres, qu’il ne s’agit bien sûr pas de copier mais pas non plus d’ignorer complètement. Avoir développé en quelques lignes ce que l’on compte faire au travers d’un projet. Connaître différentes techniques pour pouvoir assumer pourquoi on se limite, le cas échéant, à une seule d’entre elles. Avoir enfin plusieurs fers au feu pour pouvoir répondre à d’éventuelles commandes ou proposer à différents financeurs des projets de différents formats… Il n’est pas de hasard qui ne puisse alors se transformer en opportunité artistique.

Prochaine étape : ne sortez pas sans lui.

(*) La formule est originellement de Louis Pasteur, dans un registre plus proche de la démarche scientifique.

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