Avec un début d’année sur les chapeaux de roues, j’ai bien failli vous laisser en plan et ne plus tenir à jour les sorties en librairie…surtout avec une fin d’année riche en parutions, Noël oblige. Question photo, l’hiver plutôt virulent ces dernières semaines, n’a pas non plus aidé la majorité d’entre nous : entre des intempéries à ne pas risquer un objectif dehors et la faible luminosité des intérieurs domestiques, le photographe a vite fait de se morfondre. Comment cheminer pour aller traquer en campagne les paysages enneigés, quand les routes elles-mêmes sont des pièges verglacés ? Et puisque peu nombreux sont les passants à mettre le nez dehors, les instants décisifs ne sont pas non plus légion. Que dire enfin de ces nuits qui tombent si tôt, et rendent si délicate la prise de vue en lumière naturelle ? Si vous êtes passés par ces affres de désespoir, cet article est pour vous : voici deux volumes récents pour vous encourager à explorer, de jour comme de nuit, les scènes ordinaires dont les zones urbaines regorgent. Tout près de vous, ces terrains de jeux familiers sont parcourus avec application dans Photographier l’urbain, d’Eric Forey, et Scènes ordinaires, photos extraordinaires, de Simon Bond.

foreySous le format désormais classique des Ateliers du photographe, Éric Forey propose 12 ateliers pour apprendre, puis mettre en perspective votre pratique de la photographie urbaine. Comme toujours, les premiers chapitres sont consacrés aux fondamentaux. Il est bon de rappeler que le principe de l’ouvrage n’est pas de faire du lecteur un expert ès fioritures techniques, mais plutôt d’être assez à l’aise avec son matériel, autant qu’avec les principes généraux de la composition, pour pouvoir ensuite mettre en application les différents ateliers. Les zones urbaines regorgeant d’espaces, de structures, de formes et de couleurs, aux géométries foisonnantes, les images d’illustration font la part belle aux différentes manières d’intégrer dans la composition cette féconde diversité. Et le photographe est, en la matière, très documenté (vous devez aller voir ses travaux personnels !), ce qui lui permet d’alimenter de nombreux exemples très bien sentis les leçons qui nous proposent. Bien sûr, il faut apprécier la photographie contemporaine.

L’ambition du livre est modeste mais exigeante : nous donner du plaisir à jouer avec les motifs, les couleurs à nouveau, les cadrages et la perspective, pour réaliser des images simples et efficaces. La cerise sur le gâteau est abordée dans le dernier chapitre : construire une série urbaine, ces dernières pages livrant quelques conseils pour penser un travail au long cours. Reste que si, comme nombre de photographes, vous faites partie des flâneurs ayant le bon goût de déclencher sans trop construire un propos d’ensemble, vous trouverez ici de quoi renouveler votre inspiration. Ce qu’il est de bon ton de faire également dans d’autres domaines est donc mis au premier plan : travailler ses angles et points de vue, utiliser les conditions météo, jouer de la couleur ou du noir et blanc, intégrer les ombres et reflets, savoir s’arrêter sur les détails autant que les vues d’ensemble, et ne pas hésiter à camper sur place lorsque le contexte paraît propice à une bonne image, afin qu’apparaissent enfin dans le viseur l’élément humain qui signera votre réussite. Comme toujours avec cette collection, le propos est très accessible, il ne se veut pas élitiste, au point qu’il puisse d’ailleurs parfois paraître simpliste aux plus exigeants… Ce serait pourtant une erreur que de se détourner de ces petits livres vite lus, au prétexte qu’ils ne disent pas le dernier mot (est-ce d’ailleurs possible ?) sur ce que l’on accomplit grâce à des principes basiques et une touche de créativité. Je ne le dis jamais assez à propos de ces volumes et j’en profite donc pour le souligner ici : ils sont de très bonnes lectures à conseiller aux photographes qui débutent ou souhaitent investir un domaine particulier. Généralistes, ils ouvrent des horizons et permettent aux plus curieux d’aller ensuite bien au-delà.

Scènes ordinaires, photos extraordinaires est d’un autre gabarit. À commencer par son format : de ceux que l’on rangera dans sa bibliothèque plutôt qu’au fond d’un sac photo lors d’une balade. Il se présente dans cette qualité d’édition auquel Pearson nous a habitués, avec par exemple les nombreux ouvrages de Michael Freeman, en couverture souple et deux rabats qui permettent d’arrêter puis de reprendre la lecture très souplement. Là aussi, le propos est de permettre à tout un chacun de s’amuser rapidement dans des situations essentiellement urbaines. Et pour ce faire, l’auteur prend le parti d’explorer un tas de petits trucs et astuces, parfois plus techniques, mais la plupart du temps, essentiellement de l’ordre de la composition et du jeu avec les éléments de contexte. À l’évidence, Simon Bond est très content de sa trouvaille consistant à utiliser des sphères translucides pour photographier par transparence les éléments situés à l’arrière-plan. S’il fallait formuler une critique, je dirais qu’il a tendance à en user et abuser. Mais à vous de juger.bond

Au fil des pages, l’auteur saisit de multiples occasions de réaliser un focus sur telle ou telle technique, ou encore sur la variété des éléments susceptibles d’être photographiés dans différents contextes (zones urbaines, chantier, campagne -oui, je sais, on sort de l’urbain !-, ou encore villes de nuit aux enseignants qui prolifèrent…). Tout un pan de l’ouvrage est dédié aux techniques «de transformation». Ce qui permettra à certains de comprendre enfin ce qu’est un explozoom, ou comment light painting et  infrarouge peuvent être mis au service d’une vision artistique. Pour le reste, qu’il s’agisse des photographies en extérieur, du post-traitement, ou des conseils qui terminent l’ouvrage en termes d’organisation et de diffusion des images, des doubles pages consacrées à chacun des thèmes permettent une première approche de ceux-ci. Il va de soi que n’importe quel livre dédié à l’un des thèmes abordés (au hasard par exemple : la photographie de rue, le portrait, ou encore pour reprendre le précédent évoqué… la photographie urbaine) vous en dira plus long que chacune de ces doubles pages. Le propos est différent de celui des livres dédiés, pour un lectorat distinct peut-être. Dans un tarif équivalent aux Ateliers chez le même éditeur (une vingtaine d’euros), le livre est certes plaisant à feuilleter, ses images sont agréables, il pourra lui aussi attirer un lectorat non initié. Mais il le laissera peut-être assez vite sur sa faim. Une bonne introduction, en bref et sans plus.

Forey, Eric (2012). Photographier l’urbain. Les Ateliers du photographe, Pearson Editions, ISBN : 978-2-7440-9484-2.

Bond, Simon (2012). Scènes ordinaires, photos extraordinaires. Pearson Editions, ISBN : 978-27440-9474-3.

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