L’adage prétend qu’une image vaut mille mots, mais les amateurs épris de photographies autant que les grands lecteurs nuancent sans mal la complexité des rapports qu’il faut établir entre l’image et le texte, si l’on souhaite avec honnêteté rendre justice aux deux modes d’expression. Car il s’agit à n’en pas douter, et c’est le premier geste auquel Patrick Devresse a invité vingt-huit auteurs, de s’exprimer, d’abord, pour dans un second temps, laisser la part légitime de l’interprétation à celui qui reçoit –une part aussi discrète peut-être que celle des anges, mais incontournable pour faire œuvre.  Cet interprète est ici le visiteur de l’exposition nomade, comme les images qu’elle comprend, ou le lecteur du fascicule qui les accompagne et les reprend.

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Le tour de force de cette mise en abyme est captivant. Le photographe s’exprime et met de lui quelque chose dans chaque image, mais les propose immédiatement à des auteurs qui, librement et sans autres directives que celles de leurs obsessions ou fantaisies, y réagissent comme premiers interprètes de cette matière livrée sans consigne. C’est alors que la mécanique devient subtile, puisqu’à notre tour nous sommes, en tant que lecteur -dans les deux sens que recouvre le terme pour l’image et le texte- amenés à réagir à cette alliance. Pour ensuite, sait-on jamais, nous exprimer, tant par des images que des textes ? Les écrivains ont endossé les deux rôles : nous sommes en bout de chaîne mais, pour peu que l’on se saisisse d’un boîtier, l’on peut s’autoriser, sous l’influence de cette série bien conçue, à exprimer quelque chose de différent, de plus. Et poursuivre la conversation.

Chacune des images se tient, contient son propre univers et ses références, suggère parfois l’au-delà du cadre, offre le plus souvent en tant que telle une matière étrange et onirique qui, on le devine, était un support tout désigné pour laisser libre cours aux plumes qui vont s’en saisir. Les textes sont extrêmement divers, tant par leur genre que leur style, leur caractère descriptif ou narratif, leur longueur ou leur densité, leur clôture ou les horizons inachevés vers lesquels ils portent au contraire notre regard.

J’avais eu beaucoup de plaisir de découvrir une petite partie du travail de Patrick Devresse à l’occasion de l’exposition consacrée à Londres avec son compère Gildas Lepetit-Castel. J’ai de nouveau plongé tout entier dans une mise en dialogue stimulante, vers laquelle on a plaisir à revenir, qui se feuillette en y découvrant chaque fois un détail supplémentaire ou une nouvelle lecture possible tant du texte que de l’image qui l’accompagne. Bref, un fascicule et, si vous en avez la chance, une exposition qui vous tiendront longtemps accrochés, pour tout ce qu’ils suscitent de réflexion personnelle sur votre travail autant que pour l’œuvre en soi, bien pensée, intelligemment finalisée. Tout ceci nous rappelle que limiter la photographie à l’image et le texte à l’écrit, c’est se couper d’une grande part de liberté, d’une belle part du monde… Surtout quand de talentueuses collaborations nous le donnent à voir sous ses angles pluriels.

Patrick Devresse, Images Nomades – exposition photographique et littéraire, avec la participation de 28 écrivains internationaux.

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