Fidèle à la qualité rédactionnelle qui a fait de ses ouvrages des modèles de pédagogie patinée par les années d’expérience, Michael Freeman nous propose une initiation à la grande tradition du reportage photographique, sous une variété de thèmes que les nombreux supports d’explication exploitent avec bonheur. Petit tour d’horizon.

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Avant d’être connu des lecteurs francophones comme l’un des auteurs phares des éditions Pearson, avec parmi ses succès des titres tels que : La vision du photographe, L’esprit du photographe, L’art de l’exposition ou encore L’oeil du photographe et l’art de la composition, Michael Freeman a régulièrement parcouru le monde pour couvrir des sujets aussi divers que le Cambodge de l’après Khmers rouges, les fouilles archéologiques de Stonehenge ou encore le studio ayant créé les plus belles réussites des films de George Lucas. Mais il ne suffit pas d’être un bon technicien ni un photographe inspiré pour savoir raconter une histoire. Collaborateur de magazines aussi prestigieux que le National Geographic ou le Smithsonian Magazine, l’auteur partage les nombreux conseils dont il a lui-même profité lors de ces expériences éditoriales. Il nous invite également à découvrir son processus de sélection des images, ainsi que les paramètres à prendre en compte pour réaliser celle-ci. Comme à l’habitude, les photographies qui accompagnent le texte ainsi que la mise en page d’ensemble sont extrêmement agréables. Le tout démontre une vraie maîtrise du sujet. Qui plus est, puisqu’ « une image vaut mille mots » -mêmes si plusieurs passages de l’auteur questionnent l’idée que la photographie puisse se suffire à elle-même, des schémas détaillés permettent de déconstruire le processus narratif. Ils informent également sur la conception d’une maquette au long d’un essai photographique. C’est donc une large gamme de compétences qui sont ici considérées comme importantes à mobiliser si vous envisagez de réussir votre reportage.

Une première partie de la réflexion s’intéresse à l’origine de la notion d’essai photographique, à la manière de comprendre sa structure narrative autant que les interactions entre textes et image. Le magazine Life est convoqué, la manière de concevoir ce que peut être un reportage qui tienne la route est également discutée. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet avec, à travers l’énoncé des différents genres de reportage, quelques conseils plus pratique accompagnant le photographe profane vers le succès : lister les photos nécessaire, penser à chaque catégorie à couvrir et rester ouvert, surtout, à l’imprévu. Quant au troisième temps du processus, il est commun -ou devrait l’être- au flux de n’importe quel genre photographique : la sélection, puis la mise en valeur des images retenues. Plusieurs exemples détaillent comment la maquette est susceptible de déterminer le choix des images, à jeu égal avec les goûts du photographe, mais l’on ne s’arrête évidemment pas à la publication papier. A l’époque du Web 2.0, faire fi de la possibilité de recourir aux différentes technologies d’animation d’une succession d’images serait en effet plutôt étrange.L’auteur nous invite donc à intégrer minutage, alternance de compositions et de sujets, puis transitions entre elles, pour construire un diaporama ou une vidéo efficace. L’essentiel reste que ces animations soient pensées selon un propos éditorial qui vienne interagir avec elles et non simplement pour recourir gratuitement au multimédia.

Avec d’autres ouvrages ayant le même propos (par exemple, celui de Steve Simon l’année dernière), ce nouvel opus de Michael Freeman est donc un guide à mettre entre toutes les mains, particulièrement à destination de tous ceux qui souhaiteraient aborder le reportage avec un bagage certain et l’amorce d’une réflexion qu’ils poursuivront dans leurs propres travaux. Et un beau livre de plus dans une bibliothèque, ça ne se refuse pas !

Freeman, M. (2013). L’art de la narration photographique. Pearson Education, ISBN : 978-2-7440-9501-6.

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