En Novembre, Réponses Photo consacre son dossier aux « Secrets du portrait », dossier qui se veut plutôt généraliste et qui dans les faits ne trahira pas de secrets. Par contre, il contient quatre leçons du très bon livre de Jean Turco sur la pratique du portrait, qui vous donneront un bel avant-goût du livre en question. J’ai la chance de l’avoir eu en mains dès sa parution, c’est une somme écrite par un vrai pédagogue. Le dossier de RP contient aussi un descriptif fort intéressant du travail de retouche effectué par l’Atelier Lumière pour préparer un portrait, lorsqu’il s’agit d’obtenir un résultat de type « beauté » : impressionnant de minutie. Enfin et surtout, un portfolio de Louis Blanc qui est accompagné d’une interview de l’auteur, dont on sort plein d’optimisme : si le monsieur est plein de talent, il illustre aussi qu’on peut commencer la photo fort tard et ne pas manquer de réussir ! Évidemment, dans la phrase précédente, les plus attentifs n’auront pas manqué de relever la condition sine qua non : le talent… Mais je vais quand même saisir au vol l’occasion qu’il m’offre d’évoquer l’autoportrait avec vous. Puisque le dossier de RP, de manière générale, et le portfolio en particulier, sont deux parfaites introductions pour vous parler d’un genre de portraits très particulier, auquel les éditions Pearson viennent de consacrer un de leurs « Ateliers du photographe »: l’autoportrait.

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C’est d’ailleurs et sans mystère le titre éponyme de l’ouvrage (c’est-à-dire : l’autoportrait, suivez un peu). Bernard Jolivalt en assume la direction et quatre photographes nous proposent avec lui différent ateliers pour mettre en pratique leur vision de la chose : Benjamin David-Testanière, Julienne Rose, Richard Vantielcke et Nadia Wicker. L’introduction historique et la réflexion qui l’accompagne, plutôt sympathiques pour entrer dans le vif du sujet, nous y emmènent tranquillement. La partie matériel fait notamment l’éloge de la contrainte, pour reprendre l’un des intertitres, et ne manque pas non plus de sagesse. Mais, car c’est bien le principe de cette collection, il faudra ensuite aux plus impatients sauter la trentaine de pages qui suivent, dédiée à l’ensemble des paramètres techniques généraux à connaître et la manière de la mettre en œuvre. On y trouve en effet des redondances pour qui a déjà assimilé les bases de la photographie. Nous arrivons donc en page 48 et c’est là que les choses sérieuses commencent. Chacun des auteurs nous guide, au cours d’un atelier (Jolivalt, David-Testanière) ou de plusieurs selon les cas (Julienne Rose, Richard Vantielcke et Nadia Wicker), afin de partager leur créativité pour inspirer la nôtre. Profitez-en pour aller visiter leur site, accessibles depuis ce billet : certains valent vraiment le coup d’oeil et replacent dans leur contexte les oeuvres respectives.

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Histoire de varier les plaisirs, vous seront détaillés par exemple le recours au flou ou à la lévitation (sans doute une des activités les plus amusantes), la pratique du nu (ici, féminin), les différentes manières de disparaître dans votre environnement ou encore, de multiplier les prises pour vous mettre en scène sous forme de diptyque… Voire de vous multiplier, tout simplement, grâce à l’autoportrait multiple, où vous mettrez les poses longues à profit pour réaliser des effets de superposition et de déplacement sur une seule image. Certaines trouvailles, comme de conseiller l’usage du filtre Gris Neutre pour favoriser la multiplication des poses, sont d’ailleurs les bienvenus. Une caractéristique reste commune à l’ensemble des ateliers : n’espérez pas bâcler le travail et tâchez de vous appliquer si vous voulez obtenir un résultat probant ! Évidemment, vous pouvez chercher d’abord à vous amuser, mais s’intéresser d’un peu plus prêt au portfolio des auteurs suffit pour comprendre que s’ils en sont là, ce n’est sans doute pas pour avoir travaillé par à-coups…ou, n’en déplaise aux autoportraits créatifs, « par-dessus la jambe ».

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Dans sa forme, le livre à la maquette bien conçue se veut sobre. Les chapitres eux-mêmes sont d’un propos clair et précis, sans fioritures : efficace. Chacun des auteurs livre aussi un peu de lui par endroits (le contraire serait tout de même surprenant pour un livre sur l’autoportrait !), ce qui permet d’agrémenter le reste du propos très concret par une portée plus intimiste. Allez, vous qui craigniez de tourner en rond en attendant les beaux jours, un univers entier vient de s’entrouvrir. Merci qui ?

Bernard Jolivalt (dir.), Benjamin David-Testanière, Julienne Rose, Richard Vantielcke et Nadia Wicker (2012). L’autoportrait. Pearson Editions, ISBN : 978-2-7440-9456-9.

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