Dans le hall de l’Hôtel de Région du Nord-Pas-de-Calais (Lille), une vingtaine de tirages de Michel Vanden Eeckhoudt sont exposés jusqu’au 23 février. Dans un noir et blanc argentique, cette série sobrement intitulée « Sur la ligne » participe d’une mission photographique (Transmanche N°17), durant laquelle le photographe oscille autour de la frontière entre Belgique et France. Ouverte au passage et à tous, cette exposition est plutôt bien mise en valeur, compte-tenu du lieu et vous pourrez y accéder en toute gratuité, après avoir montré patte blanche aux vigiles de l’entrée. Le tour est vite réalisé, pourtant cette courte présentation d’un échantillon du travail de ce photographe prolifique et d’une grande sensibilité mérite que vous y passiez suffisamment de temps.

À l’origine de l’événement et portant sa mise en oeuvre, nous trouvons le Centre Régional de la Photographie (CRP) Nord-Pas-de-Calais. Ses missions consistent notamment à valoriser la création photographique, à travers par exemple un cycle annuel de résidences d’artistes photographes, « Photographie et Territoire », ou dans le cadre de la participation du CRP au programme international « Territoires Emergents » qui soutient les jeunes auteurs. Le CRP porte également une démarche d’éducation à l’image pour ses publics. Il diffuse lesdites images à travers différents événements et dispose d’une artothèque riche en ressources. Sa collection mérite d’être mieux connue : son caractère régional ne l’y limite pas, grâce à une dimension internationale qui comprend des oeuvres de grands noms de la photographie rendues accessibles à tous.

SUR_LA_LIGNE

Michel Vanden Eeckhoudt, Maubeuge, France, 1994,
photographie n/b, 53,8 x 36,2 cm, Commande Mission Photographique
Transmanche n°17,
1994, collection du CRP

 

Lorsqu’on parcourt cette modeste exposition (par son envergure), ce qui frappe d’abord est l’évidente présence d’un grain argentique assumé, une constante chez Vanden Eeckhoudt. Renommé pour la sensibilité si particulière de ses tableaux, où l’animal et l’humain s’entremêlent souvent et à différents niveaux de correspondance, le photographe et son Leica démontrent la justesse de sa distance, mélange de tendresse, d’empathie, d’ironie douce et d’un sens manifeste de l’impromptu. On décèle l’humour dans de nombreuses images. Le parallélisme de situation des acteurs prédomine : on pense à ces deux chiens surpris alors qu’ils se soulagent conjointement, ou cet adulte et l’enfant à l’arrière-plan qui semblent tous deux guider un cerf-volant et se répondre dans leurs gestes. Les interactions entre humains et animaux sont prégnantes dans plusieurs images, ce qui ne lasse pas de rappeler Erwitt notamment. Avec une touche plus sombre.

Autre réussite, Vanden Eeckoudt intègre avec brio les éléments du mobilier urbain qui lui attrapent l’oeil. Ainsi de cette opportune coïncidence entre le smiley dessiné sur un panneau d’interdiction et le visage un peu surpris, hagard, de ce vieil homme. Ou de cette superposition des plans à l’effet d’échelle, qui fonctionne elle aussi en écho : une ligne de voitures garées en enfilade sur un manège à l’arrêt, parquées les unes derrière les autres, avec à l’arrière-plan trois de leur répliques grandeur nature qui circulent dans la ville. En plusieurs circonstances, on goûtera l’instantanéité et l’instant propice que la photographie de rue nous a habitués à apprécier.

Le geste se fait poétique, parfois, suggère l’étrange. Une petite sirène du Nord laisse libre de longs cheveux, qui forment un rappel des herbes hautes un peu plus loin. Assise en surplomb d’une grève où la mer mouille discrètement, peut-être la rejoindra-t-elle bientôt ? Elle mêlera cette chevelure aux longues nattes des algues que l’on imagine tapisser son royaume. D’autres photographies encore rendent droit à cette « ligne » évoquée dans le titre de l’exposition. Elles dessinent une carte que connaissent les arpenteurs de ce territoire-lisière, cette poreuse frontière entre le Nord et la Belgique aux monts et lumières calmes.

Brève et circonscrite, cette exposition est une manière agréable d’entrer dans l’œuvre d’un photographe qui compte déjà de nombreux ouvrages à son actif. Le plus récent, Doux Amer, reste en bonne place chez les libraires. Lillois et autres, saisissez l’occasion : il vous reste une journée !

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