Si vous avez la curiosité de passer par Arras avant la fin du mois de mai, ce modeste effort (tout le monde n’a pas la chance d’être du Pas-de-Calais) sera grandement récompensé : depuis l’Office Culturel[1], vous trouverez en effet transporté au coeur même de Londres. Un Londres vibrant, vivant, exploré sous ses nombreuses coutures, où le tartan le dispute aux parures les plus excentriques et les couleurs viennent flirter avec des tirages noir et blanc de caractère. Vos guides bienveillants, furtifs mais l’oeil affûté, ne seront autres que les Arrageois Patrick Devresse et Gildas Lepetit-Castel. Le premier dépasse aujourd’hui les 30 années « en photographie », pour reprendre cette belle expression de Dominique Sampiero, jalonnées de travaux personnels et de commissariats d’exposition divers. Le second est un prolifique auteur-photographe, pédagogue et musicien, une référence reconnue de l’autoédition qui, à ses heures perdues (il n’en a guère dans les faits) a eu le bon goût de développer une société d’édition pour accompagner les jeunes auteurs dans leur premier livre[2]. De longue date, ces deux amis sont deux London Eyes aguerris et c’est un titre qui s’impose pour leur exposition croisée, que nous avons eu le plaisir de visiter à l’occasion de son vernissage. Telle était la soirée où il fallait être en ce vendredi 13 -avant bien sûr de rejoindre quelque assemblée occulte de bon aloi à la minuit, mais ceci est une autre histoire. Et qui nous emmènerait bien loin de Londres. Quoi que.

_MG_8062-2(toutes images visibles sont évidemment propriété intellectuelle de leurs auteurs respectifs,
i.e. P. Devresse et/ou G. Lepetit-Castel)

L’exposition se situe dans le couloir principal de l’Office Culturel. Dès l’entrée des lieux, plusieurs mosaïques d’images nous accueillent. La première joue des riches tonalités que les couleurs de la ville permettent, la seconde plus éparse émaille ses tons de gris autour de quelques scènes encadrées. Les photographies de Patrick Devresse répondent à celles de Gildas Lepetit-Castel, l’impression d’ensemble est surtout celle d’un heureux partage au sein duquel les frontières entre ces auteurs s’estompent. Une unité de lieu bien sûr, sans doute pas de temps et l’on ne se prononcera pas quant à l’action, mais une communauté de vue à n’en pas douter. Ces deux-là se sont trouvés. Le visiteur qui n’en prendrait pas le temps, voire tricherait franchement en lisant les légendes, aurait sinon bien du mal à distinguer à coup sûr la patte de l’un plutôt que celle de l’autre. Certaines images dessinent une piste néanmoins : on les retrouve à quelques pas en noir et blanc, là où la première rencontre se faisait en couleur -et vice-versa selon le sens de la marche. Une belle occasion de réfléchir sur le traitement et son importance, qui n’est pas que technique, cette manière dont, si la scène reste identique, son rendu en diffère et pose, différemment du cadrage, la question du regard et des choix d’expression d’un auteur.

_MG_8061-2(toutes images visibles sont évidemment propriété intellectuelle de leurs auteurs respectifs,
i.e. P. Devresse et/ou G. Lepetit-Castel)

Un autre aspect s’offre aux plus attentifs pour une mise en perspective, un jeu d’échos entre ces regards. Si le recours au noir et blanc contrasté anime les deux hommes, la texture souvent plus granuleuse, bien que non systématique, semble traduire une subjectivité plus marquée chez Gildas Lepetit-Castel, une insistance en tout cas plus manifeste sur cette composante, parmi d’autres, de l’atmosphère photographique. Quelques images rappelleront d’ailleurs son ouvrage Take Away, également le fruit de ses nombreuses années au cours desquelles il a arpenté les rues londoniennes. Mais sans doute ne faut-il pas pousser trop loin cette interprétation, car Patrick Devresse marque çà et là d’une empreinte tout aussi personnelle, jusque dans la manière dont le grain photographique est présent dans ses photographies, sa vision d’une certaine capitale anglaise. Un autre jeu en vaut alors la chandelle : travailler les points de rencontre et la belle parenté qui se dégage de ces tableaux multipliés, qu’il faut prendre le temps de découvrir en y revenant, plutôt que d’un bref coup d’oeil. Même si c’est peut-être aussi la brièveté de ces coups d’oeil ajustés qui font le charme de leurs images !

London Eyes, by Patrick Devresse et Gildas Lepetit-Castel, une exposition soutenue par le Collectif Incarnat et l’Office Culturel d’Arras, jusqu’au 31 mai.

[1] Ce ticket pour un voyage express ne vaut que si, contrairement à l’auteur de ces lignes, vous identifiez bien ledit Office Culturel. Si d’aventure, toujours comme votre serviteur, vous commenciez par errer une heure autour de l’Office du Tourisme, il vous faudrait sans doute alors, tout comme lui, vous rappeler de lire plus attentivement les invitations… Et vous rendre quelques 600m plus loin, sur la Grand-Place -et non sur celle dite « des Héros ».

[2] Ne manquez pas ses ouvrages grand public récents parus chez Eyrolles, listés ci-dessous, dans l’attente du prochain à paraître cette année et consacré à la photographie argentique. Après des années de règne sans partage du « Bachelier » de référence, les amateurs ne seront pas déçus, nous sommes-nous laissés dire…

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