Jusqu’au 18 février, c’est au coeur de ce qu’il est convenu d’appeler le carré Rive Gauche, dans l’une de ces rues parisiennes où les boutiques d’antiquités et de pièces rares le disputent aux galeries, que vous pouvez encore découvrir le travail de Gilles Molinier autour de ses Arborescences. Sa démarche consiste à cheminer avec constance et détermination sur des territoires souvent familiers, pour débusquer une scène dont l’esprit serait le reflet d’une humeur intérieure, ou pour confirmer après plusieurs de ses longues marches qu’un lieu est le bon pour saisir quelque chose d’une quiétude forestière, d’une tranquille puissance végétale qui fasse écho aux remous de l’humain. Une démarche qui fonde cette série, dans laquelle le souci du détail n’est pas simplement celui de l’image juste, mais également d’une application dans tout le processus photographique. Pour qui, et j’en suis, apprécie tant la rencontre de l’homme avec ses espaces intérieurs au travers de la marche, que la restitution photographique de cette rencontre, l’exposition en cours à la galerie Hegoa s’offre à lui.

© Gilles Molinier© Gilles Molinier

Il faut d’abord dire quelques mots du lieu, une galerie intimiste mais accueillante. Nathalie Atlan Landaburu et son assistante se révèlent tout à la fois disponibles et compréhensives, introduisant l’oeuvre autant que l’artiste, puis laissent libre cours aux visiteurs pour s’approprier l’espace autant que les photographies, dans une tranquillité de bon aloi. Sur deux étages, les images s’offrent silencieuses au regard de ceux qui auront osé pousser la porte, un geste simple ici subtilement récompensé. Ce silence n’est plus rompu que par la voix discrète de Sophie Avril, dont les poèmes sont aux cimaises les compagnons de chaque image.

Le travail présenté fait suite à une sélection dans le cadre de FotoFever en novembre 2014. Gilles Molinier se caractérise d’abord par une approche soucieuse d’envisager la photographie comme un processus étendu. Peut-être en réponse à la matérialité arboricole, celle de l’image lui importe autant que la conception et la réalisation de la prise de vue. Il porte donc son attention sur les tirages, qu’il effectue lui-même, mais ne s’y limite pas. Depuis le choix des papiers, parfois traités par ses soins, sur lesquels il viendra coucher ses images –le verbe n’étant pas usurpé : pour certaines, sa technique propre restitue un rendu glacé dont il garde la maîtrise- jusqu’à la préparation des pigments pour ses encres, il raffine sa palette pour des rendus monochromes qui rappellent virages et cyanotype. Dans ce déploiement, l’engagement est cependant présent avant même la production de l’image, puisque l’homme travaille à la chambre. C’est lourdement lesté du matériel qu’il embarque que ses pérégrinations ont lieu.

Le visiteur ne manque pas d’être captivé par les choix qui guident celui des essences retenues par le photographe. L’arbre y est tantôt sujet comme individualité, presque esseulé ou à l’inverse contenu par le paysage qu’il habite. D’autres pourtant seront serrés les uns aux autres comme une foule qui serait saisie par morceau, formant une barrière compacte qui ne laisse guère vagabonder le regard, images opaques qui nous confrontent à la texture de cette matière boisée. L’approche de la lumière n’est pas en reste dans cette patiente composition. La pénombre sert souvent le propos mieux que le plein jour, participe de la teneur contemplative de cette errance végétale. D’autres tableaux au contraire rayonnent.

Je l’ai souligné plus haut, l’exposition intègre de courts poèmes rédigés par Sophie Avril, qui sont également accolés aux images dans un ouvrage édité pour l’occasion. Ce dernier comprend un tirage d’auteur signé. Le livre est actuellement disponible auprès de la galerie.

Gilles Molinier, Arborescences – Galerie HEGOA (16, rue de Beaune, 75007 Paris), exposition visible jusqu’au 18 février 2015, ouvert du mardi au samedi, 11h-13h/14h-19h.

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